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09/05/2006

Gaston Chapdelaine (20 octobre 1938 - 3 mai 1994)

medium_gaston-chapelaine-2003-small.jpgLe texte qui suit n’est peut être pas exhaustif mais reflète les souvenirs que nous avons de notre père et frère, pour qui nous gardons tant de bons sentiments et à qui, encore aujourd’hui, nous nous référons.

Gaston a été un «vrai» du Séminaire de Saint-Georges puisqu’il y est demeuré pensionnaire pendant huit ans, d’Élément latin à Philosophie II. La plupart d’entre vous l’auront probablement connu comme un étudiant réservé qui s’adonnait au jeu de cartes «hockey» avec le père Jean-Marie Derouin ainsi qu’avec celui que l’on surnommait le «grand Veilleux» (ou «Veilleux le merveilleux» !), de son prénom André. Il est demeuré en contact avec ceux-ci toute sa vie.

À la suite de ses études au séminaire, Gaston Chapdelaine s’inscrit à l’université de Montréal en architecture, domaine qui ne lui plait guère. La nature lui donne un coup de pouce quand, après avoir passer les fêtes de Noël et du nouvel an 1959 à Saint -Ephrem, une formidable tempête de neige digne de la Beauce l’empêche de retourner à temps à Montréal pour passer les examens requis. Il abandonne alors l’architecture et occupe pour quelques temps divers emplois dont celui de suppléant dans des écoles de Montréal. C’est ainsi qu’il réorientera ses études vers la pédagogie et deviendra professeur de français en 1961 et ce toute sa vie.

Il a exercé sa profession toujours avec rigueur et sans compromis bien que l’environnement dans lequel il enseignait était loin d’être idéal. En effet, après avoir travaillé au séminaire de Sainte-Thérèse et avoir été préfet des études à l’ancien collège du Sacré-Cœur à Rosemère, Gaston a du pendant des années, comme bien des enseignants de cette époque, professer dans les innommables polyvalentes tant décriées dont celles de St-Jérôme, de Deux-Montagnes et de St-Eustache au nord de Montréal. Il va sans dire que travailler dans ces stationnements d’élèves exigeait d’avoir plusieurs cordes à son arc et les nerfs solides !

Son amour de la langue française était sans contredit ce qui le caractérisait le mieux. Nous avons vu notre père et frère lire des romans ou même des dictionnaires avec le crayon correcteur à la main et bien entendu, il était plutôt difficile d’avoir le dernier mot avec lui puisqu’il avait toujours le mot juste ! Il était d’ailleurs reconnu par ses collègues de travail, ses amis et sa famille pour ses écrits qui pouvaient être à la fois nuancés, précis, parfois cinglants et, souvent teintés d’un humour bien à lui. Il savait exprimer toutes les gammes d’émotions avec justesse et le texte qui suit décrit bien l’état d’esprit dans lequel il se trouvait alors :

NOUS SOMMES SIX

Nous sommes six. Nous nous réunissons les soirs d’hiver. Nous parlons de nos enfants, de littérature, de politique et de liberté.

Nous sommes six. Nous nous réunissons les soirs d’hiver. Nous parlons de décoration, de voyages dans les îles, de foie gras et de régimes amaigrissants.

Nous sommes cinq. Nous nous réunissons les soirs d’hiver. Nous parlons du sixième qui parle maintenant d’amour à une étrangère.

Nous sommes cinq. Nous nous réunissons ce soir d’hiver au chevet de la cinquième. Nous parlons d’infarctus et de cholestérol.

Nous sommes quatre. Nous nous réunissons ce soir d’hiver au centre de soins prolongés autour du cinquième qui ne nous reconnaît pas. Nous parlons mais nous ne disons rien.

Nous sommes trois. Nous nous réunissons ce soir d’hiver devant le cercueil de la quatrième. Nous ne parlons pas.

Nous sommes deux. La mort du troisième ne nous réunit pas.

Nous sommes seuls. Je suis seul les soirs d’hiver.


Gaston était connu comme un homme discret et plutôt secret mais il avait un autre côté de sa personnalité qui était beaucoup plus excentrique. Si les sujets sérieux lui plaisaient, les voitures puis le bridge ont aussi été ses passions.

Qui aurait cru que Gaston ait vécu sa période «gars de chars» ? Après l’achat d’une sage Chevrolet Belair 1961, Gaston optera pour des voitures beaucoup plus dynamiques achetées chez Cliche Automobiles à Valley Jonction : un Ford Galaxy 500 de 1963 (sans «power steering») et un Ford Galaxy XL 1966 (avec 400 forces de moteur) puis pour d’autres non conventionnelles, comme un Renaud 16 et une Citroën DS 1971 qu’il a préférée entre toutes!

Vinrent ensuite l’organisation de rencontres politiques et les soirées de bridge (à plusieurs tables où l’humour noir y trouvait toute sa place) et qui peu à peu, s’agrémentèrent de dégustations de vins et fromages influencées par les souvenirs de ses voyages en France, véritables pèlerinages de la bonne bouffe et du bon boire. L’extrait d’un autre de ses textes relatant une visite chez un producteur de vins de la région de Bordeaux en France, vous fera connaître Gaston d’une toute autre façon :

AU CHÂTEAU COUCY

(…)
Marie était consciencieuse et dévouée. Elle ne ménagea aucun effort pour que nous profitions au mieux de notre visite. Ainsi, après les cuves et le chai, monsieur Maurèze voulut nous montrer les vignes. Il tenait à nous faire constater sur place les ravages d’une gelée tardive qui, selon lui, avait détruit soixante-quinze pour cent de la récolte :
Regardez bien le sarment producteur, dit-il. Aucun raisin. La gelée a tout emporté.
Marie, serviable et pleine d’attentions, se pencha bien bas pour nous indiquer le sarment producteur le plus proche : pas de doute, aucun raisin sur le sarment producteur…

Et pourtant… J’esquissai un mouvement du côté de mes voisins de gauche :
Placé comme je suis présentement, murmurai-je, j’ai l’agréable impression que deux raisins ont fort bien résisté aux rigueurs du climat et atteint un degré de maturité enviable…
Ya ! dirent ensemble les deux Allemands en claquant du talon.
Marie crut que j’avais besoin de plus d’explications et s’en inquiéta…
Non, je n’ai pas de question. Je déplorais seulement que la gelée meurtrière nous ait privés de ces raisins gorgés de soleil qui font les beaux vins de Bordeaux, équilibrés, généreux, ronds, charnus mais sans lourdeur, et prodigues de tant de plaisirs exquis…
Ya ! reprirent en chœur les deux teutons dans un claquement unanime du talon.


Doué d’une forte constitution et d’une santé de fer, Gaston se plaisait à rappeler fièrement que la dernière fois que sa dernière visite chez le médecin était à l’occasion de son admission au séminaire de Saint-Georges. Malgré cette force, le cancer l’a malheureusement frappé pour l’emporter le 3 mai1994, à l’âge de 55 ans. Pour ses amis et ses proches, ce fut l’occasion de découvrir un homme courageux, digne et humble devant l’inexorable. Même dans la maladie qui lui refusait tout espoir, il est demeuré sage et toujours présent pour chacun de nous.

Sachez que si Gaston avait pu être présent au conventum, il aurait très certainement apprécié tous vous revoir, y revivre les bons et aussi, peut-être, les mauvais souvenirs mais surtout rire de bon cœur de toutes les anecdotes que vous saurez raconter. C’est donc en son nom et avec beaucoup d’émotions que nous vous saluons et souhaitons de joyeuses retrouvailles.

Henri Chapdelaine, frère de Gaston Chapdelaine et étudiant au Séminaire de Saint-Georges en 1960-1961,

Josée et Pierre Chapdelaine, ses enfants.

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